PLANTES, Plantes pour le jardin

L’OMBRE AU POTAGER

L'ombre au potager

Les temps des cultures en rang d’oignon dans un potager immense avec la terre à nue est bien révolu. Les techniques actuelles tendent plutôt à aller vers des techniques plus respectueuses du sol et des cultures. Un potager où l’on cultive tous les légumes au plein soleil selon les mêmes techniques est également une hérésie. Il faut de l’ombre, mais pour quelles raisons ?

1. L’OMBRE

Les raisons pour lesquelles l’ombre est importante au potager sont multiples. Tout comme les hommes, les plantes subissent les assauts du soleil et des rayons UV, des espèces sont même naturellement adaptées à l’ombre mais dans un potager, le jardinier ne s’en préoccupe que peu, tout le monde est logé à la même enseigne.

Au printemps, le soleil est très bon pour le potager et l’ensemble des légumes mis en terre à ce moment. En effet, il réchauffe le sol plus rapidement et donne force et vigueurs aux cultures. L’été devient alors plus problématique car les sécheresses ou canicules sont malheureusement de plus en plus nombreuses. En automne, l’effet est un peu similaire à celui du printemps car les rayons moins forts permettent au sol de se refroidir moins lentement et donc de prolonger certaines cultures. L’hiver suit ce principe mais les cultures sont de toute façon assez peu nombreuses en cette saison.

Les risques du soleil estival sont les suivants :

Le coup de soleil

Il touche autant les feuilles que les fruits et provoque des brûlures qui nécrosent puis assèchent la partie atteinte au même titre qu’un coup de soleil sur notre peau. Il n’est pas nécessairement lié à la température mais à l’indice UV.

Le coup de chaud

Différent du coup de soleil, le coup de chaud se traduit par un ramollissement de la plante dû à une déshydratation subite, même si le sol est humide. Cela arrive lors d’une journée caniculaire où les températures dépassent les 35 °C. Les plantes les plus sensibles sont justement celles qui demandent une bonne humidité comme les cucurbitacées ou les légumes feuilles.

La déshydratation

Elle n’est pas toujours brutale mais peu en revanche se faire lentement malgré un arrosage suivi. La chaleur est liée à ce phénomène mais aussi et surtout le vent. La plante se déshydrate nettement plus vite quand les deux facteurs sont réunis. Elle devient alors d’un aspect plus chétif et peut même changer de couleur si rien n’est fait.

Le stress hydrique

Il est quant à lui un peu moins lié directement au soleil mais résulte tout de même de son action surtout si le sol n’est pas paillé. La plante connaît alors des écarts trop importants d’humidité entre l’arrosage du jardinier et la sécheresse sur les couches superficielles du sol en journée.

2. LES CULTURES SENSIBLES

Les jeunes plants sont toujours plus sensibles, il convient donc de ne pas les placer avec une lumière tamisée au départ s’ils sont semés ou repiqués en plein été. D’autres demandent de l’ombre même durant leur croissance car un excès de soleil provoque une montée en graine rapide, chose qui n’est pas recherchée par le jardinier qui souhaite de bonnes récoltes.

Parmi les cultures sensibles à cet excès de soleil, nous retrouverons :

Les plantes aromatiques comme le Persil, la Coriandre, le Cerfeuil ou le Basilic. Ils font partie des plantes qui montent en graines rapidement si elles ont trop chaud, raccourcissant ainsi la durée de récolte possible. Ce ne sont bien sûr que des exceptions dont il ne faut pas faire une généralité. Le Thym, le Romarin ou l’Armoise sont des plantes qui justement sont friandes du plein soleil.

Certains légumes subissent le même effet, produisent trop vite et donnent des récoltes filandreuses et parfois piquantes. C’est le cas des Radis, Navets ou Pois, préférez les cultiver à la mi-ombre, vous aurez nettement de meilleurs résultats.

Les légumes feuilles sont, pour une bonne partie, sensibles à leur jeune stade. Les Salades, Épinards, Mâche, Endives ou Poireaux entrent dans cette catégorie. Les feuilles peuvent aussi devenir plus coriaces et eux aussi monter en graines prématurément. Rappelons que cette caractéristique est valable pour un semis ou un repiquage l’été, les cultures de printemps ne sont pas concernées.

Si le soleil est fort et persistant, même les légumes du soleil comme les Tomates, Poivrons ou Piments peuvent attraper des coups de soleil, associés à un stress hydrique. Cultivez-les au soleil mais n’oubliez jamais le paillage au pied.

Chez les petits fruits, tous ne supportent pas non plus le plein soleil, c’est le cas des Myrtilliers qui doivent être plantés absolument à l’ombre.

3. PROCURER DE L’OMBRE : LES DIFFÉRENTES FACON

Installer des coins ombragés au jardin ne veut pas dire créer une ombre complète et très dense, une lumière tamisée qui coupe des rayons écrasant estivaux suffit. La présence d’autres plantes plus hautes suffit bien souvent à créer une ambiance plus fraîche et filtrante.

3.1. Les plantes compagnes

Au potager, toutes les plantes ne font pas la même hauteur, profitez donc, pour commencer, de l’ombre que certaines peuvent apporter à d’autres qui le nécessiteraient. Installez par exemple vos salades entre les rangs de Choux ou de Haricots verts. Semez vos Navets ou vos Radis à proximité des Tomates.

D’autres plantes hautes mais pas nécessairement productives peuvent tamiser les rayons du soleil. A ce jeu, les Tournesols sont particulièrement intéressants, ils ne prennent que très peu de place au sol, ce qui permet de planter à leur pied les cucurbitacées quelles qu’elles soient. D’autres plantes, ornementales mais qui peuvent attirer les insectes pollinisateurs, ont toute leur place dans le potager moderne. Tournez-vous vers les Lavatères, les Amaranthes, les Sauges ou autres Paracaryium. Certaines pourront même faire office de « souffre-douleur » car des maladies s’installent plus facilement sur ces plantes fleuries au profit des légumes sensibles. Dans cette catégorie, les Rosiers, les Lupins ou les Hemerocalles sont conseillés.

Le tout est d’avoir une biodiversité le plus large possible afin de créer une zone de culture riche associant plantes à consommer et plantes à fleurs. Les plus grandes donnent de l’ombre aux plus petites qui le nécessitent et vous créez ainsi un véritable petit écosystème foisonnant de vie.

3.2. Les pare-soleil temporaires

Les protections anti-UV provisoires peuvent aussi jouer un rôle important en complément des plantes compagnes. A ce titre, le recyclage a toute son importance pour protéger temporairement certaines cultures lors de journées caniculaires. Les cagettes en bois ou même les palettes peuvent servir de pare-soleil. Les premières seront posées sur les Salades, les Radis ou les jeunes plants de Courges. Les secondes pourront s’installer en tipi au-dessus d’un rang de Pois ou de Persil.

Un tunnel avec un voile d’ombrage pour serre s’installe aussi facilement au-dessus d’un rang.

Sortez un vieux parasol directement planté dans la terre ou tendez un vieux drap entre 4 piquets.

Les possibilités de réutilisation d’objets que vous hésitiez à mettre à la déchetterie sont très nombreuses. Faites preuve d’imagination, toutes ces possibilités sont gratuites et s’installent en deux temps trois mouvements !

3.3. Les pare-soleil permanents

Sans nécessairement faire des protections à la hâte, vous pouvez également réfléchir dès le début de la saison ou même dès la conception de votre potager à comment vous pourriez intégrer un peu d’ombre au sein de ce dernier.

Les moyens les plus efficaces sont d’installer des structures hautes çà et là. Le but étant de filtrer et non pas de rendre la zone complètement à l’ombre toute l’année. Une haie persistante de Thuja est donc une très mauvaise idée.

En revanche, il en est tout autre de l’idée de la petite haie. Choisissez de petits arbustes caducs. En effet, jamais de persistants car les caducs offrent l’avantage de ne pas donner d’ombre en hiver et en tout début de printemps. Le sol peut alors se réchauffer plus vite et les premières cultures savourer ces premiers rayons lumineux tout à fait bénéfiques. La protection est assurée par la suite et durant l’été. Pour ce faire, les Charmes, Spirées ou Potentilles sont de bons choix.

L’idée d’une haie en plantes grimpantes n’est pas non plus une mauvaise chose, bien au contraire. Installer alors un grillage de manière à ce qu’elles puissent s’y accrocher et choisissez une fois de plus des plantes ligneuses caduques ou même pourquoi pas annuelles. Les Clématites, Chèvrefeuilles, Kiwiers nains, Capucines ou autres Pois de senteurs sont conseillés.

Les plantes grimpantes peuvent aussi jouer un rôle sur une structure plus haute. Un tipi formé avec du fer à béton ou des cannes de bambou s’avèrent être de bons supports. Faites courir dessus des Haricots géants, des Ipomées ou autre Suzanne aux yeux noirs.

Pour les potagers plus spacieux, une gloriette peut même prendre place en son centre. Elle vous apportera une zone de détente et un point focal haut sur lequel les plantes grimpantes y trouveront également leur place.

Sans utiliser les plantes, vous pourriez aussi opter pour les canisses naturelles, les panneaux en bois ou même les voiles d’ombrage. Dans ces trois cas, vous allez créer une ombre complète et non plus une lumière tamisée.

A savoir : Peu importe la solution que vous choisirez, il est bien d’avoir plusieurs ambiances et plusieurs ombres plus ou moins intenses au potager. La règle d’or à absolument respecter est de toujours planter de façon aérée. Si tout était trop serré et compact, vous risqueriez alors de causer l’effet inverse et de justement cloisonner la chaleur en l’accumulant. Adaptez les nombreuses solutions possibles à la taille de votre potager, aux cultures plantées et aux différents besoins.